Chansons d'en France
Par Philippe Pernodet.
Parue en 2007 dans les colonnes de l'Imprononçable N°06 : Une vision "peu complaisante" du paysage offert par la variété française... Amateurs de langue de bois, s'abstenir !
Peu coutumiers du genre, nous avons décidé d'écouter de la «grande variété française » de celle que la profession nous vend sous le label prétentieux de «chanson à textes »... Découvertes, déconvenues et (quelques) bonnes surprises ont émaillé notre petit voyage franco-français.
« Vous savez, le monde entier envie la qualité de vos chanteurs de variété », la phrase, lancée entre la poire et le fromage par un dandy allemand de l'art contemporain furieusement francophile (comme le sont presque tous les «cultureux » germaniques- un bonheur !) provoque chez moi un sourire à la fois triste et amusé...Nous sommes à table, dans un luxueux restaurant du Bad Wurtemberg et l'alignement des mignardises confectionnées tout spécialement par le chef «franzôzich cordon bleu » incite à la détente et à cet art de la conversation inutile et rafraîchissant qu'affectionnent les Teutons de bonne compagnie...
« La variété française ? Aujourd'hui ? Le monde entier ? Vous pratiquez décidément un humour particulier...Vous avez peut être abusé de cet excellent bourgogne... »
Mon hôte ne se démonte pas et poursuit... «le monde entier...J'exagère peut être, mais regardez l'Allemagne : notre pays est imprégné de culture musicale, nous sommes «fous » de musique classique et notre répertoire folklorique est immense. Mais c'est justement ce patrimoine culturel qui a empêché l'éclosion d'une variété allemande de qualité...Chez nous il n'y pas de Brel, de Gainsbourg ou de Léo Ferré, c'est un manque assez cruel...je ne plaisante pas, et c'est assez triste en fait... »
...Paris, quelques semaines plus tard. Une des

collaboratrices de notre régie me relate l'entrevue qu'elle vient d'avoir avec un responsable d'une marque de hi fi bas de gamme (Bose, je crois... ) a qui elle a proposé des pages de pub. Le manager, renfrogné et de mauvaise humeur, n'a pas apprécié notre chronique musicale, lardée (selon ses propres dires) de références incompréhensibles...
Dépitée, ma petite «fée publicité» me suggère d'ouvrir nos colonnes à un répertoire plus populaire... «La chanson française, pourquoi pas ?» hasarde t'elle en provoquant mon hilarité... « Mais bien sûr...On va confectionner un spécial Michel Sardou, juste pour plaire à votre marchand de soupe » ! On croit rêver !
C'est, de retour au bureau, que la consultation des e-mails et du courrier des lecteurs me plonge dans la plus profonde expectative...En fait d'assez nombreux messages me suggèrent (ou m'ordonnent, c'est selon...) l'écriture d' articles consacrés à la chanson française... "vous semblez ignorer la chanson française... " , " Aucune trace des nouveaux albums de variété de qualité dans votre feuille de choux ", ou encore, "la création musicale française semble avoir été oubliée par l'Imprononçable "... STOP !
Coup de fil à Olivier...rendez-vous dans un sushi bar à tapis roulant (je sais c'est « cheap », mais le poisson froid empêchera peut être les esprits de trop s'échauffer...)
En retard, comme d'habitude, mon collaborateur et néanmoins ami, s'installe sans s'excuser et chope au passage l'équivalent d'une cargaison de chalutier breton...Je le laisse manger dans le calme avant de démarrer les hostilités...
- Autant te le dire tout de suite, il va falloir consacrer un article assez complet à la variété française dans notre prochain numéro ...
- La variété française ? Qu'entends tu par-là exactement ?
- Eh bien, la variété française...je ne sais pas moi...Delerm, Renaud et compagnie.
Olivier cesse de mastiquer son poisson cru, me fixe sans parvenir, apparemment, a savoir si c'est du lard ou du cochon...Mon regard décidé finit par achever son secret espoir d'avoir à faire à une plaisanterie...Il déglutit enfin, en donnant l'impression d'avoir avalé une pleine cuillerée de Wasabi avarié...Bonjour l'enthousiasme !
Quelques semaines plus tard, des disques d'un genre nouveau s'entassent sur mon bureau, Olivier débarque en coup de vent avec le dernier scud de la mère Bruni qu'il envoie prestement sur la table en me lançant : Voilà, encore une daube ! Je dois filer, je te laisse...
Tentative d'écoute par la face Nord.
A tout seigneur... Commençons par « Colore ma vie » de
Charles Aznavour...Une véritable catastrophe sur laquelle j'ai décidé de ne pas m 'appesantir, eu égard à la carrière du principal intéressé...Aznavour a suffisamment contribué au prestige de la chanson française (celle là même décrite par mon ami allemand) que je vous ferais grâce de mes commentaires désagréables à propos de cette nouveauté indigne et sans intérêt que tout le monde va s'empresser d'oublier...Passons, donc.
La nouvelle génération nous attend...
Frégé, Elodie de son prénom, jolie frimousse rescapée d'une émission de « real T.V » et un album concocté par « des gens qui montent » (Benjamin Biolay, notamment). J'ai donc écouté attentivement «Le jeu des sept erreurs», une expérience mémorable ! La belle Elodie annone des textes ineptes avec la sensibilité d'une poupée mécanique...Les arrangements semblent vouloir donner dans la simplicité, il résulte de l'ensemble une profonde impression de misère...
Passons à la suite...Tiens, la Fille
Gainsbourg.
Un double atavisme qui doit être contrariant à assumer. D'un côté c'est papa, le talent total en la matière et de l'autre, c'est maman : une voix «difficile » que papa a su mettre en valeur avec des chansons cousues «sur mesure »...L'homme à la tête de choux avait, entre autres, le talent de savoir-faire chanter toutes les casseroles...je dis cela pour ne pas sortir de la cuisine... «5.55» c'est le titre de l'album de Charlotte, soit largement le temps d'aller se faire cuire un oeuf...

Les chansons se suivent en faisant «ding dong» comme à London, mais ici c'est à une boite de Quality Street de grande surface que nous avons affaire.
Charlotte chantonne dans le vide comme un ballon de baudruche partirait à la dérive, sur des mélodies de salle d'attente d'aéroport avec un accent anglais qui semble rescapé de Limoges...Au secours ! Allez, la Charlotte : retour direct en cuisine !
«Les piqûres d'araignée» maintenant. Déjà, avec un titre pareil l'auditeur de base ne doit pas s'attendre à des miracles. L'écoute de cette nouvelle livraison de
Vincent Delerm confirme malheureusement toutes les craintes possibles et imaginables...Le «chanteur Ikéa » (je sais, c'est un peu facile, mais ce sobriquet lui va vraiment à ravir...) aligne poncifs et banalités avec une constance qui force le respect...
Il vitupère mollement les adeptes du bon vieux temps (sépia plein les doigts), fantasme vaguement sur les jambes de Steffi Graf en nous proposant des phrases «toutes faites » dans le genre de celles qui se sont bien vendues l'année dernière...misère !
Enfin, il se gargarise sur une mélodie bourbeuse (de celles dont il semble détenir le secret) de la sonorité du nom d'Ambroise Paré « Un plateau repas à ambrouaaze paaré, embrouaaaze paaaré, un soir d'été... » affichant la même délectation que celle d' un mauvais rappeur qui aurait découvert un mot nouveau pour lui dans le dictionnaire...Pathétique !
Delerm, c'est un peu la poésie en toc du quotidien ordinaire à l'usage des avaleurs de soupe de tous poils...Il faut reconnaître qu'à l'instar de la « France de Guy Lux » d'autrefois, il existe aujourd'hui, assez différente mais tout aussi détestable, la France de Delerm...
Une France qui bouffe la prose de Philippe Djian ou de Paulo Cohelo en étant persuadée d'ingurgiter de la grande littérature et de la pensée profonde...avant d'aller sagement faire la queue devant les théâtres où le choix des pièces qu'elle va voir (et essayer de comprendre) lui aura été exclusivement dicté par le programme de son bulletin d'abonnement annuel...
Une France pas vraiment méchante mais tellement prévisible, et surtout : cruellement inélégante ! Elle entasse sur ses étagères les livres d'art de l'année à côté du recueil de photos de Yann Artus Bertrand et elle écoute le poète chantant qu'elle mérite... Le parangon de cet univers médiocre apparaît avec son petit air prétentieux d'étudiant du deuxième cycle et le chic inimitable d'un mannequin automne/hiver du catalogue de la Redoute : Vincent Delerm et ses inoffensives petites piqûres d'araignées !
«Parenthèses» de
Françoise Hardy, voilà un titre qui a de l'allure ! Constitué de duos multiples et variés (de Delon à Iglesias en passant par Ben Christopher ou Mauranne, je vous laisse vous-même juger de l'étendue du spectre !) l'album, rouge comme une boite de « Mon Chéri cerises » sent le «produit marketing / fin d'année» à plein nez...

La lecture du petit livret qui accompagne cette oeuvre impérissable est assez instructive. On y apprend les multiples doutes de Françoise quant à savoir si elle sera à la hauteur de la tâche...Nous pouvons lui confirmer : L'album n'est pas tout à fait à la hauteur, ma chère Françoise.
Le duo avec Ben Christopher mis à part, on peux même franchement dire que « ça ne passe pas la barre ».
Il reste évidemment la performance de Julio Iglésias sur « partir quand même », un sommet en matière de maniérisme sirupeux qui confine au grotesque...
Une première écoute vous plongera dans une hilarité sincère, mais rapidement vous finirez, comme moi, par vous dire que « Partir quand même » dans le cas de ces deux là relève d'une très sage résolution...à condition de ne plus revenir du tout !
«L'étreinte» de
Miossec...
Première bonne pioche de la sélection ! Ouf...l'écoute des précédentes galettes avait fini par me donner l'impression de tourner à mon insu dans un film d'horreur à petit budget ! !
Les textes, simples et surprenants tout à la fois sont posés en équilibre instable sur des mélodies fragiles. Miossec distille avec beaucoup de talent et de sensibilité une mélancolie insidieuse et sourde, sans jamais sombrer dans le mélo. Un album attachant et réussi en tous points.
Dans un style beaucoup plus contrasté
Jacques Higelin nous transporte vers un univers singulier...celui de ses élucubrations bancales et fantasques ! Ce vieil adolescent, amoureux devant l'éternel, refuse obstinément de vieillir !
« Amor Doloroso » oscille tranquillement entre la blague de carabin et l'ambiance mélancolique d'un cirque des soirs d'hiver...Comme au temps du «Caviar pour les autres», je ne serais pas le dernier à en reprendre une petite louche ! Cadeau tombé du ciel le titre « halloween » renoue miraculeusement avec l'ambiance inimitable de «Champagne». Higelin est un magicien rare, un alchimiste surdoué qui navigue désormais au-delà des modes et du temps, un vrai bonheur !
Malheureusement, d'autres ne s'améliorent pas vraiment en prenant de la bouteille.
Renaud, par exemple : l'écoute de son dernier album « Rouge sang » est une parfaite illustration du vieil adage selon lequel on ne peut pas «être et avoir été ».
Empilé comme des boites de corn flakes dans les rayons de grandes surfaces, bénéficiant d'un plan média «poids lourd » ce dernier disque est le plus mauvais que l'artiste n'ai jamais sorti. La production banale -sans âme-, les mélodies poussives et répétitives ne sont rien comparées à l'indigence des textes...

Renaud prévient dans une de ses chansons : « j'ai retrouvé mon flingue, il était dans mes rimes, attention je dézingue ect ect » le résultat est pourtant pitoyable... L'ex-chanteur énervé enfonce une série ahurissante de portes ouvertes, lui qui avait chanté «laisse béton » à une époque ou plus de la moitié de la France ne connaissait pas la signification de cette expression, décrit aujourd'hui (avec beaucoup de mollesse) les « bobos » de nombreux mois après que le plus plouc des «feminins pratique » se sera lassé d'avoir galvaudé le terme...
Les thèmes «militants et cinglants » de Renaud : arrêter la clope, défendre sa blonde contre les blagues sexistes, les baleines de l'extermination, les enfants de la violence et de la pauvreté...tout en dénonçant les «méchants d'extrême droite » les «fachos» intolérants qui n'aiment pas les étrangers...
Les ficelles sont grosses comme des cordes a noeuds, on croirait même (sérieusement !) que certains textes ont été écrits à l'intention d'un auditoire de demeurés...Une catastrophe totale !
Heureusement,
Brigitte Fontaine existe aussi...
« Libido » claque comme un coup de fouet salvateur, un éclair de créativité dans la grisaille ambiante...De la longue et inquiétante ballade dans le « Château intérieur » jusqu'au « Cul béni » en passant par «la viande » (un morceau de choix !) ou encore « la Metro » (un petit chef d'oeuvre !) la grande dame aux allures hiératiques nous ballade dans les méandres de ses fantasmes assumés et de ses plaisanteries glacées sans nous perdre ni se laisser capturer vraiment.
Les textes ciselés et brutaux jouent avec des musiques mystérieuses, en faisant l'effet de petits diamants insaisissables, bondissants du latex sombre aux taffetas pourpres...du grand art, madame Fontaine !
Au chapitre des «gloires en péril »
Juliette Gréco nous assène (le mot est faible !) un album totalement inécoutable, à mon avis...
Maniéré, précieux et ridicule « le temps d'une chanson » vous donnerait presque envie d'aller frapper sur quelqu'un ou quelque chose pour vous calmer les nerfs. Au programme : Le massacre en bonne et due forme de quelques grands classiques du répertoire, exécutés (c'est le mot !) à travers des arrangements piano/guimauve tout droit sortis d'un salon de thé de cauchemar...
« Avec le temps » de Ferré se transforme en bouillie pour chats, « la chanson de Prévert » attrape la colique, et enfin, entendre Gréco chanter «être né quelque part » nous donne l'irrépressible envie de lui hurler : Juliette, je ne sais pas trop où tu es née, mais de grâce, va mourir plus loin...
Je dois vous avouer que j'ai décidé de conserver précieusement cet album, il me sera d'une grande utilité pour virer les quelques invités « récalcitrants » qui tardent parfois à décoller de chez moi en toute fin de soirée... ce sera beaucoup plus efficace que « d'envoyer les orangeades » !
Il me reste encore quelques disques à écouter, mais franchement le coeur n'y est plus...Je lance « No Promise » de
Carla Bruni sur la platine en jetant un oeil sur le dossier de presse qui l'accompagne : Une chemise de papier-chiffon ornée de floralies et qui vante la qualité des textes anglais que Carla et ses amis ont eu le bon goût de puiser dans la littéraire britannique...ouais ...Carla nous explique qu'elle a fait appel à Marianne Faithfull pour parfaire sa prononciation anglaise, était-ce une bonne idée ?
Je n'en sais rien, mais force et de constater qu'à ce niveau de larges progrès restent à faire ! La musique soporifique enveloppe l'atmosphère sans déranger grand monde et Carla susurre de sa voix enrouée des mélopées incompréhensibles...je suis sur le point de basculer dans les bras de Morphée quand soudainement, une violente révélation vient éclairer mon esprit..En fait Carla Bruni est absolument géniale !
Elle a inventé un nouveau concept « for house »...souvenez-vous du hamac (fleuri lui aussi, décidément tout se tient !) qu'elle avait dessiné pour Habitat... « No promise » n'est rien d'autre que la suite du concept ! ! Une sorte de berceuse composée de musiques d'ameublement et uniquement destinée à compléter la collection...Je suis vraiment épaté, c'est extraordinaire !
Carla va certainement poursuivre son travail d'approche proprioceptive de la détente sophrologique en habitat urbain...avec elle, tout devient possible : La création d'une ligne de bain&détente, d'autres meubles ?des poufs marocains re-visités à la sauce psychédélique, par exemple-, des tapisseries (fleuries, bien sûr !) ou des rideaux de perles «world concept » toute une série de produits made in « Carla Bruni » destinés à améliorer la qualité de votre somnolence à domicile...
Vous comprendrez aisément qu'une pareille prise de conscience fut pour moi un véritable choc ! Trop occupé à réfléchir à ces nouvelles perspectives de «design total » j'avoue avoir flanqué le reste des disques dans la corbeille !
Ph.P :))
Fauteuils -prototypes
"Pandanus" créés par
Jessica Konawicz
Fausse cheminée
"Cube Mondrian" fonctionant au bio éthanol (
Ecosmart) et fauteuils
"Mis en demeure", versions "customisées" et colorées du mobilier classique.
à voir au Salon
"Maison & Objet"(Paris) le 05, 06 et 08 septembre...

La galerie
CHRISTINE DIEGONI à choisi de ré-ouvrir ses portes le 9 septembre en rendant hommage au grand
George NELSON disparu il y a plus de vingt ans.
Nul doute qu'intemporalité et élégance seront au rendez-vous !
Du 09 septembre au 8 novembre 2008. Galerie Christine DIEGONI.
47ter, Rue d'Orsel 75018 Paris.
Présent partout où on ne l'attend pas (et surtout où on s'en passerait volontiers ! ) le discours "politico-ecolo-publicitaire" du designer Philippe Starck pollue notre espace encore plus sûrement que l'amoncellement de ses pires créations en plastique. Avant-hier designer, aujourd'hui anti-designer et pseudo philosophe de "l'ère polyester" Starck débarque demain dans le paysage audiovisuel britannique pour composer une "Starck Académie" qui risque bien de tourner à la "Starckophobie"...
"Tout ce que j'ai créé est absolument inutile. D'un point de vue structurel, le design est totalement inutile »
voilà une déclaration faite par
Philippe Starck à un l'hebdomadaire allemand. ("Die Zeit". Mars 2008).
Belle profession de foi et belle preuve de «masochisme professionnel », camarade !
Designer intéressant et publicitaire surdoué, « monsieur design » s'est toujours singularisé par un discours baroque où la fausse modestie se mélange aux jugements péremptoires et à une rhétorique tout à la fois fatigante et déficiente.
Interviewé par votre serviteur pour la 4 ème livraison de
l'IMPRONONçABLE (interview et « starckoscopie » sont à télécharger sur ce site dans la rubrique «anciens numéros ») et mis en face de certaines incohérences de son discours, le plus célèbre des designers français a tout simplement préféré ne pas répondre à certaines questions, arguant qu'elles étaient
«beaucoup trop compliquées pour être traitées dans le cadre d'une telle interview ».
Mis en face de quelques unes de ses contradictions, monsieur Starck préfère «passer à autre chose » ... Bien, bien...
Toujours est-il que, lassé par le design (ou son travail ?) au point de faire des déclarations fracassantes à la presse allemande en mars dernier, et n'étant pas à une contradiction près,
Starck opère un tournant à 180° (un de plus, me direz-vous...) et décide aujourd'hui de se fondre dans le costume d'un directeur d'école de design pour le compte d'une émission de
«real T.V» qui sera diffusée (en principe) au début 2009 par la chaine anglaise
BBC 2.
Déjà profondément réfractaire au clinquant et au pathétique de toutes ses émissions de «télé réalité», j'ose à peine imaginer un résultat après l'apport indigeste du discours « philosophico-designo-pubeux » de notre "monsieur design" national. Sûr que les pauvres téléspectateurs britanniques risquent de contracter une «grosse fatigue » ...
Philippe Pernodet / Ph.P ;))
Après nous avoir appris à jeter nos stylos (1950, apparition du premier stylo bille jetable), nos briquets (1972) et nos rasoirs (1975), BIC s'attaque aujourd'hui aux téléphones portables...
Prêt à l'emploi et simplissime, le
"Bic Phone" adopte un design coloré et graphique "à la Ora Ito" qui le rend particulièrement désirable.
Développé en partenariat avec
Orange cet appareil est d'ores et déjà distribué chez les marchands de journaux et dans les bureaux de tabac...
La démarche de BIC s'insère dans une tendance
"low tech" déjà amorcée par plusieurs fabricants en réaction à la "course à l'armement" technologique qui finit par transformer nos téléphones en robots ménagers multi-fonctions...
Le pari de lancer un téléphone cellulaire "ultra simple" et jetable (après une année d'utilisation, tout de même.) est assez audacieux. Un challenge incertain que BIC choisit de relever tout juste vingt ans après son premier (et unique?) plantage...

Souvenez vous du "parfum nu", une tentative de "désacraliser" le parfum en le présentant dans son plus simple appareil, dégagé de toute présentation coûteuse.
Lancé en 1988 et décliné en quatre versions, le "parfum Bic" avait subi un cuisant échec, ne parvennant pas à atteindre 10% des résultats escomptés... trois ans et deux campagnes publicitaires plus tard, "l'empire du jetable" jetait...l'éponge ! c'était en 1991. Souhaitons un destin moins funeste à ce charmant petit mobile acidulé !
Pour la
FIAC 2008 (du 23 au 26 octobre prochain) la galerie
Hopkins-Custot présente
Marc Quinn, artiste turbulent et britannique :), agitateur des symboles en tous genres de l'art contemporain.
Une affaire à suivre de près...
Présentées en France pour la première fois "en grand", dans le sixième numéro de l'Imprononçable, les photos d'
Oleg Dou sont visibles à la galerie
Small&Co, 1 Avenue de Trudaine -Paris 9eme-

Octocube est un "radiateur sculpture" cubique de 34 cm de côté, et sa structure complexe dégage autant de chaleur qu'un radiateur standard.
Aérien et élégant,
Plume est un stylo original qui - paradoxalement - "renouvelle le genre" tout en faisant référence à une image légendaire imprimée dans notre imaginaire collectif depuis des siècles...
Octocube et
Plume on été imaginés par un jeune designer plein d'avenir :
Vivien Muller
contact : vivien.muller@gmail.com
Sept bonnes raisons de ne pas lire THOMAS PYNCHON !
Par CLARO
Première raison (ou la preuve par l'exemple, assortie d'une glose gluante).
«Un hurlement traverse le ciel. Ça s'est déjà produit, mais là c'est sans comparaison.
«Il est trop tard. L'évacuation se poursuit, mais c'est du pur théâtre. Pas la moindre lumière dans les voitures. Pas la moindre lumière où que ce soit. Au-dessus de lui des poutrelles suspendues, vieilles comme une reine d'acier, et du verre quelque part tout là-haut susceptible de laisser passer la lumière du jour. Mais c'est la nuit. Il a peur de la façon dont tombera ? bientôt ? le verre; un sacré spectacle: la chute d'un palais de cristal. Mais s'effondrant dans l'obscurité totale, sans un seul éclat de lumière, un vaste écroulement invisible.»
Ainsi commence L'Arc-en-ciel de la gravité, de Thomas R. Pynchon, roman paru en 1973 aux États-Unis dont nous déconseillons vivement la lecture, pour des raisons aussi multiples que justifiées, relatives à l'hygiène mentale comme à la sauvegarde des données mentales.
Tout d'abord, il en va de l'intégrité de l'écrivain (en général), laquelle passe par une représentation faciale largement diffusée et une acceptation cyclique des rituels médiatiques. Un gendelettre se doit à son public comme la grenouille au bénitier et ne saurait effacer ses traits à coups de gomme abstraite, pas plus qu'il ne doit s'absenter in persona de cette conviviale fête foraine qu'est la Fabrique de la Littérature Autorisée (FLA). Thomas Pynchon, en dépit du succès méphitique que lui a valu son premier roman sobrement (!) intitulé V., a cru bon de bouder son public et de radier sa bobine du bottin. On sait quelle posture préside au mépris du photogénie.
En refusant de satisfaire aux appétits louables des reporters qui souhaitaient remplacer quelques lignes de critiques par un bout de trombinoscope, le Pynch a commis un crime de lèse-majesté. Il est évident que cette soustraction faciale n'avait d'autre but que de renforcer la conception acorporelle de l'écrivain et d'augmenter quelque plus-value mythique. Orgueil démesuré, pose de démiurge, dédain marqué pour le lumpen-lectorat...
La mise hors jeu de Thomas par Pynchon est symptomatique d'un talent peu sûr de lui-même et tentant de suppléer à ses prochaines faillites par une légende fondée sur le mystère. N'étant pas reconnaissable, l'auteur acquiert une liberté inouïe, proche de celle du commun: c'est une faute de goût. Gageons qu'il est très laid.
Deuxième raison (qui va presque sans dire).
«Un cri zèbre la nue. La chose a déjà eu lieu, mais jamais dans ces proportions.» (T.P.)
L'ouvrage dont nous déconseillons prestement la lecture est accessible au lecteur français dans une version traduite (si je puis dire). Or qu'est-ce qu'une traduction? Une trahison, certes, si l'on en croit la sagesse populaire. Mais si ce n'était que cela, nous nous en accommoderions, comme nous nous accommodons du cuir qui n'en est pas et des bêtes qui ne le sont pas. Non, une traduction est une autre paire de manche, dans laquelle on glisse assez vite les jambes avant de trébucher. Il s'agit d'un processus reposant sur une Arnaque Majeur (AM), visant à nier l'universel de la langue sous prétexte d'en proposer une déclinaison. Or on sait fort bien que le génie n'est ni poreux ni épanchable. Ce qu'on nous donne à lire «en traduction» n'est que la dégénérescence pour ainsi dire clinique d'un métabolisme ne souffrant pas l'ambulanciation.
Aucun des termes du contrat initial n'est repris, nul battant ne vient frapper la même cloche, c'est une main autre qui torche un cul dissemblable. Nous sommes dupés. Le lait a été baratté et la crème a disparu. Qui plus est, le traducteur, ce drogman douteux, n'a de cesse d'inoculer (pour rester poli) la langue qu'il cryptopille.
Il la ligature et l'excise, la palpe et l'expulse, la frise et la foudroie. Bref, il triche. On lui réservera donc un chien de notre chienne d'arrière-garde, et qu'il soit mordu s'il noie sa rage dans l'encre de la sédition.
Troisième raison (qu'on aurait voulue définitive).
«Les cieux sont déchirés par une plainte aiguë. Ce n'est certes pas la première fois, mais celle-ci est particulière.» (Pyncheon)
La littérature américaine est, comme le pays dont elle suinte, prétentieuse et protéifriande. Elle procède par bonds et caprices, courtise la césure et cède aux pirouettes syntaxiques les plus déconcertantes.
Son goût pour la déconstruction et les chausse-trapes fait d'elle l'ennemi déclaré de notre belle littérature française. Pynchon, en particulier, se complaît dans des phrases longues et déhanchées, émises par un narrateur soluble dans l'énoncé, affranchies du sacro-saint début-milieu-fin qui a fait chez nous la renommée de la période oratoire.
Raffolant des courts-circuits les plus imprévisibles, bâtissant son rythme non à coups de claires césures mais au moyen d'un balancement entropique, traitant l'indéterminé avec détermination et le concret avec suspicion, agglutinant d'improbables unités nominales, usant de la forme passive comme d'un inquiétant boomerang, la phrase pynchonienne pousse par le milieu et n'épouse aucune déclivité durable, elle est à la fois promesse et danger, danse et fuite, saillie et vortex ? inadmissible. Son influence sur la syntaxe française n'est pas souhaitable. Nous devons préserver notre style exsangue de ces fâcheux excès. Trop de personnages tue le caractère. Trop de savoir gangrène l'innocence. Le français est la langue des jardins, et nos grands prosateurs ont veillé à ce que chaque allée, chaque carré d'herbe verte, chaque tonnelle chantante évitent à tout prix les errances labyrinthiques de l'extrapolation linguistique. Rien de plus nocif pour notre cher roman bourgeois que cette factice déterritorialisation née, sans doute aucun, des grands espaces, des consciences drive-in et du choc des cultures. Sus aux rhizomes.
La ligne claire (sujet sublime, verbe verdoyant, complément complimentant) doit résister au virus de la pynchitude. Fuyons comme la peste et le coca ces grands monologues extérieurs qui tuent dans l'oeuf l'éternel drame domestique dont s'enorgueillit notre littérature depuis Perruchot jusqu'à Sollers. Le roman doit badiner et édifier, même à vide. Donc: sus.
Quatrième raison (à vocation protectionniste).
«Une vocifération retentit dans les airs. Phénomène courant, mais présentement différent.» (Th. Py.)
Que trouve-t-on dans un roman de Thomas Pynchon ?
Trop de choses. Trop (le trop est l'ennemi de la prose gauloise !). Rien en tout cas qu'on pourrait contrebander dans la soute de notre grave corpus. Inventaire: trente boîtes de munitions, soixante-sept armes automatiques, deux haches et trois hachettes, onze queues de billards, cinq matraques et trois garcettes, deux arcs et trente-trois flèches, dix couteaux polyvalents, un coup-de-poing américain, quelques cartouches de dioxyde de carbone et autres gaz comprimés, onze produits caustiques, neuf produits chimiques et quatorze gaz débilitants (vaporisateurs paralysants, aérosols à base de poivre, matraques chimiques, gaz lacrymogènes), soixante-neuf tire-bouchons, diverses marchandises dangereuses (trois accumulateurs mouillés, de la glace sèche, de grandes quantités d'allumettes et de matériel radioactif), quatorze fléchettes, vingt et un appareils causant des chocs électriques (dix matraques paralysantes et onze aiguillons à bétail), divers explosifs (cinq détonateurs, cinq cordeaux détonants, de la dynamite, un peu de poudre noire et beaucoup de poudre sans fumée, de la poudre à canon, treize grenades, trois explosifs en bouillie, un C-4, six DM12 et quarante explosifs en feuille), trois extincteurs d'incendie, sept torches à gaz, dix bâtons de golf, diverses armes (trois revolvers, douze carabines, cinq fusils de chasse, deux armes à balle BB, six fusils à plomb, six canons à air comprimé, huit pistolets de départ, trois pistolets lance-fusées et un fusil à harpon), quatre-vingt-quatre briquets ayant la forme d'un revolver, trois bâtons de hockey, mille quatre cent dix-sept seringues et aiguilles hypodermiques, trente et un piolets et pics à glace, deux patins, quelques insecticides, divers couteaux (trois couteaux de chasse, trois couteaux de plongée sous-marine, six cent trente épées, quatorze sabres, neuf couperets à viande, onze rasoirs droits et cinq poignards sacrés), mille cent vingt bâtons de jeu de crosse, divers liquides inflammables (gazoline, kérosène, essence à briquet et térébenthine), du matériel d'arts martiaux (cinquante-quatre étoiles métalliques, douze kubasaunts, six kubatons et trente et un nunchakus), vingt-quatre bouteilles d'oxygène, de la peinture, du diluant pour peinture, soixante-trois pièces d'arme à feu, divers objets qui peuvent blesser (quatorze ciseaux pointus et trente aiguilles à tricoter), du matériel pyrotechnique (quatorze feux d'artifice, quatorze fusées routières éclairantes, trois cartouches de pistolets lance-fusées et onze cartouches de pistolets de départ), douze mille six cent vingt-deux lames de rasoir, quinze répliques d'armes, trois dispositifs de contrainte, quarante bouteilles d'oxygène pour la plongée, diverses raquettes, trente bâtons de ski, dix-sept frondes et douze lance-pierres, quelques bâtons de sport (seize bâtons de base-ball et douze de criquets), divers outils (six cents marteaux, quatre cents tournevis, trois clefs, dix-neuf pinces, deux perceuses, quarante-sept scies, huit pinces-monseigneur), vingt-trois armes jouets, six jouets en forme de robots qui se transforment en armes jouets, cent vingt fouets et les couilles de Thomas More confites dans de la saumure. Scandaleux.
Cinquième raison (à vocation protectionniste).
«Clameur céleste. Encore ? Oui et non.» (The Pynch)
C'est là une prose profuse, donc confuse, donc sans valeur marchande dans l'économie calibrée de la Grande Littérature Françoise (GLF). Nous voulons des romans à intrigues et non intrigants. Des récits où des hommes mûrs, provisoirement déboussolés dans leur processus créatif (ils peuvent être écrivain ou violoncelliste, peintre ou publicitaire), s'entichent d'une nymphe moderne (brunette délurée ou blonde blessée) qui les pousse à rebours sur le chemin de la vérité (entendez: la psychologie des profondes heures).
Pynchon, lui, nous parle des V-2, du destin d'une ampoule, de l'extermination des Héréros, d'un harmonica voyageant dans les chiottes de l'histoire. Nous aspirons à une peinture sociale modérée dans ses élans, non à la description de quelque partouze pan-cosmique. D'emblée, avec le Pynch, c'est la mêlée, au beau milieu du même: puisqu'au corps, toujours, il manque, paraît-il un membre, une ombre, puisque le corps s'ennuie et jouit de tout ce qui le multiplie et le réduit: somnambule un temps, il s'éveille à deux temps, pris entre le noir et le blanc, complice du noir, complice du blanc, et se soumet à de typographiques impératifs. Voilà pourquoi le corps, loin d'être un hôte au destin périssable, fait du lecteur l'otage esclave de sa grammaire. Se raidit-on qu'il plie, l'enlace-t-on qu'il fuit, et ainsi de suite jusqu'à complète désagrégation de tous ses grains, de tous ses points d'ancrage, à la faveur d'une danse, fût-elle la plus immobile des danses.
À l'envi démembré, il dit l'union, et sans cesse apparié il vit d'écartèlements, béant des cuisses sous l'oeil écarquillé ou croisant les membres sous le poing serré, s'arc-boutant à chaque assaut et à chaque assaut se déployant, d'avance abusé. Abusé d'avance, il se déploie à chaque assaut et à chaque assaut s'arc-boute, serrant le poing contre les jambes croisées, écarquillant l'oeil devant les cuisses béantes, écartelé à vif et pareil au sang, en désunion, vibrant aimant. S'il danse, s'il blêmit, s'il s'avance affûté et fait peur, c'est que sa rage point, c'est qu'il ne craint ni le gouffre ni la pétrification, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on le lasse, l'empile, le dresse ? et plus amère est son enclave, plus souple est le sable dont il est fait, qu'il sombre et se noie ou s'arme et rue. C'est toujours, de nuit comme de jour, un corps, fagot sec ou grasse brassée, peu importe, ce qu'il fait ne regarde que lui, et ce que nous regardons en lui n'est pas, soyons-en sûr, matière à discussion, mais à compulsion.
On voit où ce genre de philosophie mène... Assez.
Sixième raison (relativement anecdotique).
«Le cri a passé dans le ciel. Il diffère de ses prédécesseurs.» (TRP)
J'ai eu un jour l'occasion de rencontrer ce mystérieux Pynchon. Grand, barbu, une casquette de base-ball enfoncée sur sa tignasse grise, il m'avait donné rendez-vous dans un bar de Manhattan (le KGB Bar), à l'été 2002, grâce à l'entremise obligeante de sa femme, qui est aussi son agent: Melanie Jackson. Je devais le reconnaître au détail suivant: il aurait devant lui, à côté de son café, un exemplaire en anglais de Bouvard et Pécuchet, alors tout juste traduit. C'était un lundi en début de matinée que devait avoir lieu la rencontre (no photo, no recorder, avait-il été stipulé ? no trick!). Mais au dernier moment, j'ai préféré flâner dans Central Park au milieu des écureuils géants (certains mesurent plus de deux mètres de haut et saignent des sourcils). Décidément, on s'en fait tout un plat.
Septième raison (non, vraiment, ça me fait plaisir).
Un hurlement traverse le ciel. Ça s'est déjà produit, mais là c'est sans comparaison.
Now everybody-
Article paru dans "Et Maintenant- L'Imprononçable n°5"
Christophe Claro est directeur de la collection
"Lot 49" aux éditions Le Cherche midi. Il a traduit en Français plusieurs romans de
Thomas Pynchon.